L’essentiel
Augmenter volontairement votre franchise — la somme qui reste à votre charge en cas de sinistre — permet souvent de faire baisser votre cotisation d’assurance auto ou habitation. Mais ce levier n’est pas gratuit : il déplace le risque financier vers vous, et un sinistre mal anticipé peut coûter bien plus que ce que vous avez économisé. Ce guide vous explique comment évaluer si cette stratégie est pertinente pour votre profil, comment la mettre en œuvre sans mauvaise surprise, et quelles limites ne jamais dépasser.
Ce qu’il faut savoir avant tout
Le principe de la franchise
La franchise est la part du sinistre qui reste à votre charge, avant que l’assureur n’intervienne. Elle peut être fixe (un montant en euros), proportionnelle (un pourcentage du sinistre) ou mixte. Plus elle est élevée, moins l’assureur prend de risque sur les « petits » sinistres — et moins votre cotisation est chère, puisque le calcul actuariel de la prime intègre directement ce partage du risque.
Ce mécanisme existe en assurance auto (garantie dommages, bris de glace, vol…) comme en multirisque habitation (MRH) (dégât des eaux, incendie, vol…). En revanche, la garantie responsabilité civile — qui indemnise les tiers — reste généralement sans franchise ou avec une franchise symbolique, car c’est la victime qu’il faut protéger en priorité.
Le cadre légal : ce que la loi encadre (et ce qu’elle ne touche pas)
Aucune loi n’impose ou n’interdit d’augmenter sa franchise : c’est un choix contractuel, négocié avec l’assureur au moment de la souscription ou d’un avenant (modification du contrat en cours). En revanche, si vous changez d’assureur pour bénéficier d’une meilleure formule franchise/cotisation, vous pouvez vous appuyer sur la loi Hamon, qui permet de résilier un contrat auto ou habitation à tout moment après un an d’ancienneté, sans frais ni justification — c’est votre nouvel assureur qui se charge des démarches de résiliation.
La loi Châtel vous protège aussi : votre assureur doit vous informer de la date limite de résiliation avant la reconduction tacite de votre contrat, ce qui vous laisse une fenêtre pour renégocier ou changer.
Les idées reçues qui coûtent cher
« Plus la franchise est haute, plus je gagne toujours. » Faux. Au-delà d’un certain seuil, le gain sur la cotisation devient marginal, alors que le risque financier en cas de sinistre continue d’augmenter proportionnellement. Il existe un point d’équilibre, propre à chaque profil.
« La franchise ne s’applique qu’une fois par an. » Faux également : sauf clause contraire, elle s’applique à chaque sinistre, pas par an. Si vous enchaînez deux dégâts des eaux dans l’année, vous payez la franchise deux fois.
« Une franchise élevée réduit aussi mon malus. » Non : le bonus-malus (coefficient de réduction-majoration, CRM) en assurance auto est indépendant du montant de la franchise. Il dépend uniquement de la responsabilité dans les sinistres déclarés, avec les règles connues (−5 % par année sans sinistre responsable, +25 % par sinistre responsable, plancher à 0,50, plafond à 3,50).
Guide étape par étape
Étape 1 : rassemblez vos documents contractuels
Sortez votre tableau de garanties (pas la plaquette commerciale) et vos conditions particulières. Repérez, garantie par garantie, le montant actuel de la franchise : dommages tous accidents, bris de glace, vol, dégât des eaux, catastrophes naturelles… Chaque garantie peut avoir sa propre franchise.
Erreur fréquente : se fier au montant affiché sur l’espace client sans vérifier s’il s’agit d’une franchise fixe ou proportionnelle. Une franchise « 10 % du sinistre, minimum 300 € » ne se comporte pas comme une franchise fixe de 300 €.
Étape 2 : évaluez votre capacité financière réelle
Demandez-vous concrètement : si un sinistre survient demain, puis-je sortir 500 €, 1 000 € ou 1 500 € de trésorerie sans difficulté ? La franchise choisie doit rester absorbable sans déstabiliser votre budget, même en cumulant deux sinistres proches dans le temps.
Erreur fréquente : choisir une franchise élevée uniquement pour l’économie affichée sur la cotisation, sans avoir vérifié sa propre épargne de précaution.
Étape 3 : simulez plusieurs niveaux de franchise
Demandez à votre assureur actuel — ou via un devis chez un partenaire — plusieurs simulations : franchise standard, franchise majorée d’un cran, franchise majorée de deux crans. Comparez l’écart de cotisation annuelle à l’écart de franchise. Un gain de 20 € par an pour 300 € de franchise supplémentaire n’est pas toujours pertinent.
Le simulateur ci-dessous vous aide à visualiser l’arbitrage entre une formule au tiers et une formule tous risques, souvent liée au choix de franchise en assurance auto.
Étape 4 : vérifiez l’impact sur les autres garanties
Une franchise plus élevée peut concerner uniquement certaines garanties. Vérifiez que le bris de glace, souvent sans franchise ou à franchise réduite dans certains contrats, n’est pas impacté par une hausse générale négociée à la va-vite.
Erreur fréquente : négocier « la franchise » de façon globale avec un conseiller, sans préciser garantie par garantie — et découvrir a posteriori qu’une franchise indésirable a été relevée par erreur.
Étape 5 : formalisez par écrit
Toute modification de franchise doit apparaître sur un avenant signé, avec le nouveau montant clairement indiqué garantie par garantie. Conservez ce document : en cas de sinistre, c’est lui qui fait foi, pas un échange téléphonique.
Étape 6 : comparez avec d’autres assureurs avant de valider
Une franchise plus élevée chez votre assureur actuel n’est pas forcément plus avantageuse qu’un contrat concurrent à franchise standard mais moins cher par ailleurs. À garanties équivalentes, les écarts de cotisation entre assureurs vont couramment du simple au double : augmenter sa franchise n’est qu’un des leviers, pas le seul.
Les points de vigilance
Les franchises qui vident la garantie. Sur certains contrats d’appel très bon marché, la franchise proportionnelle peut représenter une part telle du sinistre que la garantie devient quasiment symbolique. Vérifiez toujours le montant minimum de la franchise, pas seulement le pourcentage.
Les franchises différenciées selon le type de sinistre. En dégât des eaux ou en catastrophe naturelle, la franchise légale (fixée par arrêté pour les catastrophes naturelles) peut s’ajouter à une franchise contractuelle. Demandez explicitement si les deux se cumulent.
La vétusté qui s’ajoute à la franchise. En habitation, l’indemnisation en valeur à neuf ou avec vétusté appliquée change fortement le reste à charge réel, en plus de la franchise. Un mobilier ancien indemnisé avec un fort coefficient de vétusté, plus une franchise élevée, peut réduire l’indemnisation à peu de chose.
Les périodes sans couverture. Si vous changez d’assureur pour bénéficier d’une meilleure formule, ne résiliez jamais votre ancien contrat avant d’avoir la confirmation écrite d’effet du nouveau contrat. En auto, rouler sans assurance — même un jour — constitue un délit au regard de l’article L211-1 du Code des assurances, passible d’amende, de suspension de permis et de confiscation du véhicule.
Quand demander conseil. Si votre assureur refuse de détailler franchise par garantie, ou si un litige survient sur l’application d’une franchise après sinistre, adressez d’abord une réclamation écrite au service dédié de l’assureur, puis saisissez si besoin le Médiateur de l’assurance. Une association de consommateurs peut aussi vous aider à décrypter un tableau de garanties complexe.
Checklist récapitulative
- Récupérer le tableau de garanties complet (pas la plaquette commerciale)
- Lister les franchises garantie par garantie : dommages, bris de glace, vol, dégât des eaux, catastrophes naturelles
- Identifier si chaque franchise est fixe, proportionnelle ou mixte
- Évaluer sa capacité financière réelle à absorber un sinistre sans déstabiliser son budget
- Simuler plusieurs niveaux de franchise et comparer le gain réel sur la cotisation
- Vérifier que la hausse ne s’applique pas par erreur à une garantie non souhaitée
- Exiger un avenant écrit avant toute modification
- Comparer avec d’autres assureurs avant de valider un changement
- Ne jamais résilier l’ancien contrat avant confirmation écrite du nouveau (loi Hamon)
- Conserver tous les documents contractuels et avenants en cas de sinistre
FAQ
Augmenter sa franchise fait-il vraiment baisser ma cotisation de façon significative ?
Cela dépend du contrat et de l’assureur : le gain peut être notable ou marginal selon le niveau de départ. Demandez un devis personnalisé pour comparer précisément l’écart entre plusieurs niveaux de franchise sur votre profil.
Puis-je choisir une franchise différente selon les garanties ?
Oui, la plupart des contrats permettent de moduler la franchise garantie par garantie, notamment entre dommages tous accidents et bris de glace en auto, ou entre dégât des eaux et vol en habitation. Vérifiez toujours le tableau de garanties après toute modification.
Une franchise élevée affecte-t-elle mon bonus-malus ?
Non, le coefficient de réduction-majoration (CRM) dépend uniquement de la responsabilité dans les sinistres déclarés, pas du montant de la franchise choisie. Ce sont deux mécanismes indépendants du contrat auto.
Que se passe-t-il si je ne peux pas payer ma franchise après un sinistre ?
L’assureur peut refuser d’indemniser tant que la franchise n’est pas réglée, ou la déduire directement de l’indemnisation versée. C’est pourquoi il est essentiel de choisir un montant de franchise réellement absorbable par votre budget.
Puis-je revenir à une franchise plus basse si je change d’avis ?
Oui, en général via un nouvel avenant, mais cela peut faire remonter votre cotisation en conséquence. Contactez votre assureur ou comparez de nouvelles offres si votre situation financière évolue.
Conclusion
Augmenter sa franchise pour payer moins peut être un levier pertinent, à condition de le calibrer sur votre situation réelle — pas sur la seule ligne « économie » affichée dans un devis. L’important est de garder un équilibre entre la cotisation que vous payez chaque année et le reste à charge que vous pourriez avoir à assumer en cas de sinistre.
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Pour comparer concrètement plusieurs niveaux de franchise sur votre profil, direction /devis/auto/ pour votre véhicule ou /devis/habitation/ pour votre logement — et pour aller plus loin, consultez nos pages dédiées /assurance-auto/tous-risques/, /assurance-auto/au-tiers/ et /assurance-habitation/multirisque/.